Évaluation des risques professionnels : l’éclairage

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L’évaluation des risques professionnels est une obligation légale qui vise à initier un travail de prévention dans les entreprises. Cette évaluation est réalisée à l’aide du DOCUMENT UNIQUE. Ce dernier n’est pas formalisé mais doit revêtir une forme pratique et adaptée à la profession. Le premier travail à faire est le découpage du laboratoire en  UNITE DE TRAVAIL.

Dans les articles précédents nous avons étudié les unités de travail suivantes : les postes de mise en revêtement, de coursier, de sableuse, de résine, du plâtre et du ménage. Puis nous avons changé d’approche et nous avons examiné les risques qui s’appliquent sur la totalité du laboratoire, comme le risque de chute, le risque biologique, le risque électrique, le risque incendie et dernièrement le risque lié au bruit. L’échelle de cotation du risque n’est plus pertinente à ce niveau. Pour cette raison nous aborderons les facteurs de risque mais nous ne les quantifierons pas. Ce qui ne retire rien aux actions de prévention à mettre en œuvre puisqu’elles consistent à réduire ces facteurs au plus bas niveau compatible avec le bon fonctionnement du laboratoire. Nous examinons aujourd’hui le risque lié à l’éclairage..

Au sein des laboratoires, la qualité de l’éclairage est généralement recherchée, en particulier tout éclairage qui se rapproche de la lumière naturelle. Par voie de conséquence, la performance du laboratoire et la santé des salariés sont en convergence. En effet, un éclairage de qualité facilite le travail sur les détails et sur la teinte des produits fabriqués, de même, il contribue pour l’opérateur, au maintien d’une vision confortable et à la diminution de la fatigue visuelle tout en favorisant le fonctionnement de son l’horloge biologique.

Les dommages

Il semble abusif de parler de dommages en ce qui concerne l’éclairage sauf peut-être pour les utilisateurs de LED. Cette technologie récente émet un rayonnement enrichi dans le domaine bleu qui peut être nocif en cas de vision directe ou de réflexion. En effet, selon la puissance de la source et le temps d’exposition, ce rayonnement peut endommager la rétine et contribuer au développement de dégénérescence maculaire. De plus, l’exposition à cette lumière inhibe la sécrétion de mélatonine et, à ce titre peut altérer le bon fonctionnement de l’horloge biologique qui régule la vie de tout individu. Ce dernier phénomène est accentué lors des expositions pendant l’après-midi.

Les modes d’exposition

Le personnel est exposé à la lumière pendant la totalité de sa journée de travail. Cet éclairage provient de trois sources, la lumière naturelle, l’éclairage général et l’éclairage du plan de travail. La lumière naturelle sert à maintenir le salarié inscrit dans sa vie sociale et réelle, il doit voir le ciel s’assombrir avant un orage ou en fin d’après-midi en hiver. Cette source de lumière favorise également la régulation du fonctionnement de l’horloge biologique interne, permettant ainsi à tous les organes de travailler en harmonie. L’éclairage général évite les contrastes, supprime les zones sombres et facilite les déplacements. Il doit être conçu avec plusieurs sources de luminosité adaptées plutôt qu’une seule de forte puissance. Il a un rôle d’intermédiaire entre la lumière naturelle et l’éclairage du plan de travail. Ce dernier est adapté à la tâche et au salarié. En prothèse dentaire cet éclairage est à la fois puissant afin que les opérateurs puissent réaliser un travail méticuleux et proche de la lumière naturelle pour qu’ils puissent observer la fidélité des teintes.

L’éblouissement

Il a généralement pour origine une grande surface lumineuse située dans le champ visuel de l’opérateur, comme une façade éclairée, un lever du soleil ou une pièce métallique brillante mais il peut s’agir également d’une source ponctuelle comme une lampe sans abat-jour ou dénuée de grilles de défilement située elle aussi dans le champ visuel de l’opérateur. Dans ce dernier cas la gêne est diffuse et son origine est mal déterminée car l’œil ne sait pas gérer cette situation et se fatigue.

Le contraste important

Dans le champ visuel de l’opérateur, les contrastes sont nécessaires mais ils ne doivent pas être trop marqués car là aussi, l’œil est incapable de gérer cette situation et se fatigue. L’éclairage général est utilisé pour effacer ces contrastes trop brutaux.

Les zones d’ombre

Si les sources d’éclairage sont mal disposées elles vont créer des zones d’ombre. Ces zones peuvent se situer par exemple au niveau d’un clavier si l’écran est face à une fenêtre et que le plan de travail n’est pas éclairé. Nous sommes là également dans le cas d’une gestion difficile pour l’œil et il se fatigue. Ces zones peuvent se situer dans les allées et en cas de déplacement rapide, ce qui est commun dans les laboratoires, l’œil n’a pas le temps de s’adapter et des détails peuvent échapper à l’opérateur, augmentant ainsi le risque de chute.

La lumière naturelle doit être la plus abondante possible, idéalement sur les trois ou quatre faces du laboratoire, lui-même doté de couloirs et locaux munis de baies et portes vitrées ; cette situation peut être rencontrée en périphérie des villes de province. Dans les grandes villes, il faut rechercher les étages supérieurs dotés de grandes fenêtres. Les rez-de-chaussée pratiques pour leurs accès, même dotés de cours intérieures, manquent souvent de cette lumière et de la vision directe du soleil.

La profondeur de champ doit également être recherchée car elle facilite le repos de l’œil qui travaille avec une forte exigence visuelle tout au long de la journée. Elle est obtenue idéalement par des vues sur l’horizon, lorsque cela est possible !
En ville le regard doit pouvoir « traverser la rue » et observer à quelques dizaines de mètres.

L’éclairage général doit opérer uniformément sur l’ensemble du laboratoire par de nombreuses sources, munies d’abat-jours ou de grilles défilement afin d’éviter tout point d’éblouissement à partir des postes de travail ou des lieux de circulation. Les sources d’éclairage doivent être de longue durée afin d’éviter des remplacements trop fréquents (souvent à l’origine d’accidents : escaliers, endroits difficilement accessibles…)

L’éclairage du poste de travail doit être diffusé à partir de rampes qui répartissent uniformément la lumière et évitent les zones d’ombre. L’indice de rendu de couleurs (IRC) doit être proche de 95, la température de couleur doit être aux alentours de 4000 Kelvin et l’éclairement d’environ 800 lux.
En cas d’utilisation de lampes à LED, elles doivent être choisies de classe GR0 ou GR1. Toutes ces valeurs permettent aux opérateurs de travailler confortablement avec un minimum de fatigue visuelle tout en assurant une production de qualité.

L’âge des opérateurs : au fur et à mesure que l’âge avance, le champ visuel se rétréci, les informations situées à la périphérie du champ ne sont plus prises en compte; les détails sont moins discriminés et des besoins accrus en éclairage se font sentir.
L’opérateur va avoir tendance à rapprocher son visage de la cheville pour mieux voir et risque de se blesser avec l’outillage, d’inhaler des produits délétères ou d’adopter une posture qui va déclencher des douleurs dorsales. Le respect des valeurs ci-dessus devient primordial.

L’éclairage intégré : quelques appareils sont dotés d’éclairage intégré (box, sableuses, usineuses…) ils doivent être privilégiés lors du renouvellement du matériel.

Les lampes halogènes : elles doivent être supprimées des laboratoires en raison de leur consommation énergétique élevée et de la chaleur qu’elles dégagent, augmentant ainsi le risque d’incendie.

EVALUATION DU RISQUE PROFESSIONNEL
Le risque peut être évalué selon les critères suivants :
➜ Le respect des valeurs de base ci-dessus est assuré pour tous les postes de travail.
➜ Les systèmes d’éclairage sont nettoyés au moins deux fois par an (y compris l’éclairage général et celui des escaliers lorsqu’ils existent)
➜ Aucun poste de travail (et aucune voie de circulation) ne possède un point lumineux nu dans son champ de vision.
➜ Le laboratoire est doté d’au moins une fenêtre à partir de laquelle les opérateurs peuvent observer le ciel et voir à plusieurs dizaines de mètres.
➜ Tous les salariés de plus de 50 ans ont été interrogés sur la qualité de la lumière à leur poste de travail et ont répondu par l’affirmative (la lecture de cet article est conseillée).
➜ Aucune lampe halogène n’est présente dans le laboratoire.
➜ Un laboratoire qui répond favorablement à tous ces critères possède un risque faible lié à l’éclairage.
REMARQUE
L’évaluation des risques doit être réalisée sur place par un organisme compétent et en aucun cas par téléphone ou par Internet car chaque laboratoire possède ses spécificités et ses contraintes.

L’évaluation peut être réalisée par le responsable du laboratoire mais cette opération est généralement chronophage pour les non-spécialistes.

Article rédigé par Michel Chaix

EN SAVOIR PLUS

Contactez le CNIFPD : Virginie Orfila
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Last modified: 6 février 2020