Eviter le risque

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« EVITER LE RISQUE » est le premier des neuf principes généraux de prévention. Ce principe a été appliqué lorsque l’amiante ou le béryllium ont été éliminés des laboratoires il y a quelques années. Le risque est caractérisé par deux composantes, le danger d’une part et l’exposition à ce danger d’autre part.

Pour éviter le risque on cherche d’abord à éliminer le danger : si les laboratoires n’utilisent plus de béryllium et plus d’amiante, il n’y a plus de danger donc le risque a été évité et il n’y a aucune mesure contraignante à mettre en place pour protéger le personnel.

C’est ce qui se passe lorsqu’il est demandé à un laboratoire de supprimer l’utilisation du gaz et d’employer les technologies électriques à induction. Le gaz représente un danger, en éliminant le gaz du laboratoire, on évite le risque car l’électricité est beaucoup moins dangereuse.

C’est également ce que l’on rencontre lorsqu’un laboratoire doit proscrire la “ouate” comme support de cuisson en céramique. Ce produit est une FCR dont les propriétés toxicologiques sont proches de celles de l’amiante. Elle représente un danger pour les voies respiratoires. Il faut la remplacer par un produit en phase pâteuse délivré en tube.

Cependant, l’élimination du danger n’est pas une solution toujours réalisable dans l’activité d’un laboratoire, il faut donc jouer dans ce cas sur le deuxième facteur : diminuer l’exposition des opérateurs.

Si nous prenons le cas du revêtement, il est difficile de s’en passer pour beaucoup de laboratoires, or la silice qui en est un composant essentiel, est nocive pour les voies respiratoires. Il va donc être nécessaire de repérer les phases les plus polluantes du processus c’est à dire le mélange du produit et le cassage du cylindre, puis les réaliser sous une hotte adaptée avec rejet à l’extérieur pour évacuer les particules délétères.
Cette extraction évite d’une part que l’opérateur les inhale et d’autre part qu’elles ne se diffusent dans les locaux et soient absorbée par l’ensemble du personnel. L’exposition des salariés à cet agent chimique dangereux a été diminuée.

Le même processus préventif doit être employé pour un autre agent chimique dangereux rencontré dans les laboratoires qui utilisent des résines : le méthacrylate. Le monomère est très volatil et se répand aisément dans les pièces. C’est un gaz irritant pour les voies respiratoires et allergisant. Il favorise également le développement de l’asthme et quelques cas d’atteintes neurologiques ont été rapportés. Eliminer le méthacrylate est impossible, il faut donc diminuer l’exposition des salariés à cet aérosol en le captant au-dessus du poste de travail et en le rejetant à l’extérieur.

Ces exemples concernent des agents chimiques mais ce premier principe “EVITER LE RISQUE” en travaillant sur ses deux composantes est également applicable pour toutes les autres sources de danger. Le bruit par exemple, il faut éliminer les sources de bruit en évitant d’installer dans le laboratoire des machines trop bruyantes comme un compresseur. Puis une fois choisis les équipements les moins bruyants (taille-plâtre, détoureuse…) il faut les installer au sein d’un local dédié, fermé, au sein duquel les opérateurs se succèdent, pour diminuer l’exposition de chacun au bruit.

Autre domaine dans lequel le principe s’applique, l’activité physique. Les flexions du rachis en charge représentent un danger pour l’opérateur.

Les expositions interviennent essentiellement lors des opérations sur les bacs de décantation ou lors de la manipulation des sacs de plâtre, des seaux de ponce ou de corindon.

Pour éliminer le danger il faut bannir le stockage des éléments lourds à même le sol et le favoriser à “hauteur d’homme”. Il faut également lorsque cela est possible abaisser à moins de dix kilos la charge unitaire des colis.

De même il faut privilégier la localisation d’un bac de décantation au niveau de l’évier (pas sous l’évier) et anticiper la fréquence de sa vidange pour éviter le transport malaisé d’une masse pesante et humide.

Pour diminuer l’exposition des salariés, une tablette élévatrice mobile peut être utilisée pour déplacer et stocker le plâtre. De même si le bac de décantation est situé sous l’évier il doit être muni de roulettes et aisément manipulable.

Les marches et escaliers présentent un danger de chute pour le personnel. Pour éliminer ce danger il faut donc dans la mesure du possible installer le laboratoire sur un seul niveau et éventuellement ajouter un plan incliné en cas d’agrandissement des locaux.
Si des escaliers sont nécessaires, il faut les équiper de mains-courantes, bien les éclairer et les munir de nez de marche antidérapants pour diminuer l’exposition des salariés à une chute.

Un dernier exemple extrait de l’actualité : La COVID 19 est un danger pour chaque salarié. On va donc essayer de ne pas introduire le virus à l’origine de l’affection (éliminer le danger) au sein du laboratoire par la limitation des accès, la création d’un sas… mais ce virus est invisible et les salariés peuvent être asymptomatiques et contaminants quelques jours avant de déclarer la maladie, il faut donc compléter ces actions par l’application de mesures barrières, dont le port du masque, récemment rendu obligatoire au sein du milieu professionnel, afin de diminuer l’exposition des salariés.

Dans les cas évoqués, on a d’abord cherché à éliminer le danger (amiante, béryllium, gaz, “ouate”, revêtement, méthacrylate, bruit, mouvements extrêmes du rachis, escalier, virus) puis lorsque cela n’a pas été réalisable, on a tenté de diminuer l’exposition des opérateurs à ces dangers en prenant des mesures adaptées. Il est à noter que dans tous les cas, éliminer le danger est moins onéreux et plus fiable que de diminuer l’exposition à ce danger.

Eliminer le danger est donc une action à privilégier lorsqu’on veut faire une prévention efficiente.

Le prochain article sera consacré au deuxième principe de prévention : l’EVALUATION DU RISQUE. Il détaillera la façon de procéder, lorsqu’après avoir mis en œuvre toutes les solutions pour EVITER LE RISQUE, on constate qu’il reste un risque résiduel à gérer.
Article rédigé par Michel Chaix – IPRP
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Last modified: 16 septembre 2020