Pourquoi porter un masque ?

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L’apparition de la COVID 19(1) a appris aux utilisateurs habituels de masque de protection des voies respiratoires qu’ils sont fabriqués à l’étranger et donc peu disponibles en temps de pandémie, et au grand public qu’il existe des masques de différentes classes qu’ils soient, FFP*, chirurgicaux ou alternatifs.

Avant de parler de protection, une analyse de la situation à risque au sein des laboratoires est nécessaire. Actuellement deux dangers menacent les voies respiratoires des opérateurs et doivent être pris en compte, l’un structurel et d’origine chimique est constitué essentiellement par les poussières de métal et de revêtement, l’autre conjoncturel et de nature biologique est lié à la COVID 19.

Concernant la première menace, il est indispensable de comprendre que les mesures efficaces de prévention à prendre en priorité sont les mesures collectives et organisationnelles(2). Par exemple au sein d’un laboratoire, une aspiration centralisée, calibrée au nombre d’utilisateurs et peu bruyante complétée par des chevilles dotées d’une paroi qui sépare le vortex toxique et l’air inhalé par l’opérateur représente la meilleure des protections. De même, une petite hotte adaptée, avec filtration et rejet à l’extérieur, utilisée pour mélanger le revêtement et casser les cylindres après cuisson est également la meilleure façon de protéger les voies respiratoires contre la silice. Le masque (FFP3) n’est alors utilisé que de façon ponctuelle pour changer ou nettoyer les différents filtres. Ce qui est sa vocation initiale : port ponctuel du masque pour protéger les voies respiratoires.

En ce qui concerne la COVID 19, le même principe s’applique, il est d’abord nécessaire de mettre en place des mesures collectives qui vont protéger toutes les personnes du laboratoire (organiser les horaires, la présence dans les vestiaires ou la salle à manger, éviter les réunions à plusieurs, installer des parois transparentes pour les postes en face à face ou trop proches, nettoyer régulièrement les plans de travail et les points de contact fréquents avec les mains….) Si ces mesures ne sont pas suffisantes, alors le port du masque est envisagé, sachant que dans ces conditions un masque chirurgical ou alternatif est préconisé.

Pour l’opérateur qui réalise le déballage des empreintes ou des appareils à réparer en provenance des praticiens, l’équipement qui convient est un masque chirurgical, même si en période de pénurie et donc ponctuellement il peut porter un masque alternatif.

Le choix des masques doit intégrer ces deux risques, structurel et conjoncturel car le danger permanent est bien représenté par les particules fines métalliques et les revêtements tandis que le danger variable provient du coronavirus. Ce choix est d’autant plus problématique qu’une pénurie de certaines catégories de masques nécessite une utilisation provisoire de matériel moins performant et qu’il doit être réalisé en tenant compte du risque le plus élevé du moment.

Les masques de type FFP protègent contre les particules solides ou liquides et contre les germes biologiques donc contre tous les risques évoqués ci-dessus, poussières métalliques, revêtements, virus. Les masques chirurgicaux et alternatifs ont une moindre efficacité mais peuvent être portés en mode de fonctionnement dégradé et limité dans le temps.
Un autre point doit être soulevé. Pour les laboratoires qui utilisent des résines (méthacrylates de méthyle) dont le monomère est très volatil et irritant pour les voies respiratoires, le problème est tout autre. Certains opérateurs sont tentés de se protéger à l’aide d’un masque. Là également, la meilleure des actions de prévention à adopter pour éviter l’exposition à ce gaz est de le capter à la source et de le rejeter à l’extérieur. C’est toujours le même principe : l’action collective protège l’ensemble du personnel et pas seulement l’opérateur qui travaille sur le monomère. Si l’exposition au méthacrylate est faible (moins d’une demi-heure par jour ou l’équivalent de 3 petits godets) on peut considérer qu’elle est ponctuelle et donc le port d’un masque peut être une solution. Mais attention ce masque doit être doté d’une filtration de type A, c’est-à-dire adapté au piégeage des gaz et non plus des particules. Ce matériel est généralement constitué de filtres à charbon et ne doit pas être confondu avec un masque de type FFP qui n’a pas d’efficacité contre les gaz. Ce qui est également le cas des masques chirurgicaux et des masques alternatifs.

Un dernier point souligne l’intérêt de prendre des mesures de prévention collectives avant de penser aux mesures individuelles (masques) : le masque gêne non seulement la respiration mais aussi la communication verbale qui est une composante importante du fonctionnement d’une équipe ou d’un laboratoire. Alors, avant de doter un opérateur d’un masque, il faut bien s’assurer que toutes les autres solutions ont été envisagées, et si c’est le cas, il faut alors choisir le masque adapté.

Article rédigé par Michel Chaix – IPRP
(1) COVID 19 : acronyme de Corona Virus Disease 2019
(2) Voir : « Fabrication de prothèses dentaires, guide pratique de ventilation n° 16 » ED 760. INRS, 2016.
(*) FFP : Filtering Facepiece Particles, soit pièce faciale anti-particules en français. Les trois classes de masques FFP1, FFP2 et FFP3 sont des classes dont l’efficacité est croissante.

Last modified: 28 juillet 2020