Nouvelles technologies : investir intelligement

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Le recours à la sous-traitance est assez récent dans le secteur de la prothèse dentaire. Traditionnellement, les laboratoires de prothèse n’externalisaient leur production qu’exceptionnellement et généralement lorsqu’ils rencontraient un problème passager.

Puis l’émergence de l’implantologie et l’utilisation effective des premiers scanners ont conduit progressivement les prothésistes à déléguer une partie de leur activité.
Aujourd’hui avec la généralisation des centres d’usinage et de micro-fusion laser, la sous-traitance est une méthode assumée de production.

On distingue 3 grands types de sous-traitance :

  1. LA SOUS-TRAITANCE DE SPECIALITE : elle est utilisée lorsque l’entreprise ne dispose pas du savoir-faire ou du matériel adéquat en interne (EXEMPLE : sous-traitance de barres ou piliers implantaires en titane)
  2. LA SOUS-TRAITANCE DE CAPACITE : elle est utilisée au coup par coup pour répondre aux fluctuations de l’activité ou aux absences momentanées de personnel.
  3. LA SOUS-TRAITANCE DE MARCHE : une partie de l’activité est systématiquement externalisée plutôt que d’être réalisée en interne (EXEMPLE : sous-traitance des chapes en micro-fusion laser) ou pour tester une nouvelle gamme de produits (EXEMPLE : sous-traitance de chapes zircone avant investissement dans une usineuse).

D’un point de vue économique pour le laboratoire, les deux premiers types de sous-traitance n’appellent pas de commentaires particuliers puisqu’il s’agit soit de quantités marginales et occasionnelles soient de technologies inaccessibles.

En revanche, la SOUS-TRAITANCE de marché doit être analysée avec soin car les incidences économiques peuvent être très lourdes et fortement préjudiciables pour le laboratoire concerné. Le graphique ci-dessous, illustre l’évolution des coûts de production en fonction des choix opérationnels qui sont faits :

Le pointillé bleu représente l’évolution du coût de production d’une chape CrCo réalisée à la main de manière artisanale. Le coût baisse peu en fonction du volume puisque l’essentiel des charges qui pèsent sur l’entreprise est du type “variable” (main d’œuvre et matières
premières) c’est-à-dire proportionnel aux volumes réalisés.

La courbe orange représente le coût de réalisation de la chape métallique en micro-fusion laser. L’essentiel du coût est alors constitué par le prix d’achat de la chape (coût variable) et l’amortissement du scanner (coût fixe). On constate donc que pour un faible volume (inférieur à V1), l’opération n’est pas économiquement intéressante puisque l’amortissement du scanner ramené à un faible nombre d’éléments est prohibitif.

En revanche dès que le laboratoire réalise un nombre suffisant d’éléments (V1), la courbe orange passe sous la courbe bleue. Elle est ensuite stagnante puisque le prix d’achat de la chape en micro-fusion devient la principale charge incompressible.

Enfin, la courbe rouge correspond au changement de stratégie du laboratoire qui souhaite remplacer ses armatures métalliques par des chapes en zircone usinées en interne. Dans un premier temps, le volume est insuffisant pour amortir correctement le nouvel investissement (fixe) de l’usineuse.

Ce n’est qu’à partir d’un minimum de volume (V2) que la chape en zircone à un coût comparable à celle réalisée en métal manuellement et surtout, il faut atteindre le volume V3 pour que la chape en zircone devienne plus compétitive que celle en micro-fusion laser (pour information complémentaire, la remontée brutale mais momentanée, de la courbe rouge correspond à la saturation de l’usineuse et à la nécessité, pour accéder à des volumes supérieurs d’investir dans une deuxième machine).
Bien entendu, il s’agit là d’un cas d’école destiné à expliquer les mécanismes qui entrent en jeu dans ce type d’analyse. Suivant la nature des investissements, les coûts des différents consommables et les temps de mise en œuvre, on peut observer des courbes beaucoup moins didactiques.

Il arrive, par exemple, que la courbe rouge ne coupe jamais les autres courbes. Cette dérive observée dans quelques gros laboratoires, est typique d’un investissement dans une grosse usineuse industrielle sur métal pour réaliser de simples chapes ou couronnes. L’usineuse ne s’avère jamais rentable puisqu’il faut sans cesse réinvestir dans une nouvelle machine avant même que la précédente ne soit rentabilisée. L’investissement et la maintenance sont beaucoup trop lourds pour produire des articles à faible valeur ajoutée dont la fabrication artisanale reste plus économique.

On le constate donc aisément, de nombreux paramètres sont à prendre en compte pour bien mesurer l’impact des investissements et les dérives éventuelles. Seule une étude de coûts permet de déterminer avec précisions les seuils et de trancher entre investissements, sous-traitance ou méthode traditionnelle.

Laurent MANEVAL
06 78 09 55 44 – [email protected]

Last modified: 3 janvier 2019